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Le Parisien veut positiver avec « Le Parisien Week-end » et embarque Reporters d’Espoirs dans son n°1 #FRSOL

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Paris – Le quotidien Le Parisien/Aujourd’hui en France lance ce vendredi une nouvelle formule du « Parisien Magazine », son supplément de fin de semaine, rebaptisé « Le Parisien Week-end » et qui se veut délibérément optimiste et axé sur la détente.

« Ce nouveau +Parisien Week-end+, disponible aussi avec Aujourd’hui en France, nous l’avons voulu optimiste et positif« , a expliqué Laurent Guez, le directeur de la rédaction du magazine, dans les colonnes du journal, qui veut ainsi proposer à ses lecteurs une « parenthèse enchantée« .

« Ceux qui vivent des semaines stressantes et chargées pourront décompresser avec ce +supplément de plaisir+ qui mise sur l’élégance, la modernité« , avance-t-il.

[…] Le premier numéro de cette nouvelle formule contient notamment des sujets sur l’ONG Reporters d’espoirs qui fait connaître des initiatives positives,

Source : Le Parisien veut positiver avec « Le Parisien Week-end » – L’Express L’Expansion

Petite Philosophie de la Solution – Première Partie

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Voici une question qu’on se pose souvent : « Quelle est la solution ? ». On nous la pose aussi souvent, et il n’est pas rare d’entendre comme réponse à notre idée que ce n’est pas la « bonne solution ». Parfois, plus drastiques encore, nous disons que quelque chose « n’est pas une solution ».

Une solution semble avant tout être une réponse. Une réponse à quelque chose qui s’est passé. L’étymologie du mot nous porte vers l’action de délier, d’effacer en séparant. En trouvant une solution, on trouve la façon de délier une situation emmêlée. Quelle est cette situation qu’on doit démêler ? Immédiatement, le binôme « problème – solution » vient à nos esprits. A partir du problème, on trouve la solution. Sa solution. Mais là, on brûle peut-être les étapes, mal conseillés par nos livres de mathématiques de l’école primaire. Nos maîtresses d’école nous demandaient de trouver la solution à un problème, mais le problème même était construit pour que nous trouvions une seule solution, la bonne. Résoudre le problème correctement mais de façon non orthodoxe était d’habitude source de trouble et de perplexité pour le pouvoir qui régnait sur la classe ! La structure même du problème, en fait, dépendait de la solution requise par un certain stade du programme.

Sortis des classes, les élèves font très vite face à des situations qui nécessitent des solutions, mais hélas bien plus floues que les problèmes que leurs professeurs leur assignaient. La volonté de satisfaire les contraintes des parents et les souhaits des camarades est un premier exemple de ce malaise. Ou encore, la nécessité de conjuguer le temps à passer avec le petit-ami et celui à dédier à la gymnastique. La nécessité de trouver une solution, d’agir, est posée avant tout par un malaise, un ennui (dans le sens de John Locke, précurseur des Lumières) –ou encore, dans les mots du pragmatisme américain, par une irritation de l’esprit. Le sujet mal à l’aise, irrité, doit trouver une façon d’agir pour remédier à cette sensation désagréable. À nouveau, pour la deuxième fois, l’étymologie nous vient en secours : « problème », en effet, est un mot venant du grec, et signifie ce qu’on a devant soi, obstacle. Avoir un obstacle devant soi, signifie que le sujet doit choisir dans quelle direction aller. Le malaise, donc, pousse à chercher une solution, engageant le choix d’une direction, qui elle-même reflète une interprétation du malaise, et définit alors le malaise comme un problème précis, passible d’action. Sans une solution qui illumine le malaise, qui le transforme en problème à résoudre, l’irritation reste et toute action est simplement aveugle. Qu’est-ce qu’un malaise sans solution, nous le verrons bientôt.

Pourquoi une solution doit-elle par essence pouvoir se répéter?

Mais trouver une solution au malaise ne signifie simplement pas le faire cesser. L’alcool et l’opium faisaient bien cesser temporairement le malaise des ouvriers anglais au XIX siècle, mais personne ne se songerait jamais à définir ces derniers comme des solutions. En effet, rien n’était démêlé par cette réaction au malaise. La pelote du malaise est bien démêlée si le malaise ne se reproduit plus, ou du moins, s’il y a une amélioration.Une solution doit avant tout s’évaluer sur sa portée  et sa répétabilité. Autrement dit, elle doit pouvoir être répétée en garantissant à chaque fois le même résultat attendu.

Voici un exemple qui nous aide à comprendre l’importance de la répétition comme critère essentiel de la définition d’une solution : ces cinq dernières années ont vu parmi les citoyens du Royaume Uni un malaise s’accroitre en ce qui concerne le chômage, le pouvoir d’achat, le sens de l’autonomie, ou encore l’appartenance ethnique et religieuse. Des formations et des acteurs politiques, dont le UKIP de Nigel Farage et, le conservateur Boris Johnson (ex maire de Londres), ont interprété le malaise comme étant le problème des contraintes imposées par l’Union Européenne au Royaume Uni. Ainsi, la solution à ces malaises était simplement la sortie du pays de l’Union. La logique du problème-solution a convaincu un nombre suffisant de citoyens pour que le référendum choc du 23 Juin 2016 penche en faveur de la sortie, le célèbre Brexit. En dépit des nombreux (et très médiatisés) repentants du Brexit, le résultat du referendum est vu comme un succès par les personnalités politiques qui ont poussé au referendum, et par la constitution d’une majorité au sein de l’électorat. Or, le Brexit peut-il être réellement vu comme une solution ?

 

Même sans juger ses conséquences pour l’Angleterre, le critère de la répétabilité semble mal respecté. En effet, comme pour tous les mouvements sécessionnistes, le risque est l’engendrement de contre-mouvements sécessionnistes qui cherchent à combler leur nouveau malaise par une répétition de la première solution, répétition souvent reçue assez froidement par ceux qui ont réalisé la solution en premiers. Concrètement, peu après le vote, le gouvernement Ecossais –qui n’a guère apprécié le résultat du Brexit,  a explicitement signifié vouloir répéter la même solution, en proposant un référendum pour décider de son indépendance face à l’Angleterre. Autrement dit : l’Ecosse, estimant que leur malaise était causé par leur appartenance au Royaume Uni qui venait de s’engager vers la sortie de l’Union Européenne, a de la même façon, considéré que la solution paraissait être la sécession avec le Royaume-Uni afin de rester dans l’Union Européenne. Entonnement, les premiers sécessionnistes n’ont pas du tout apprécié l’émulation et ont vite répondu qu’une répétition de la solution était « hors de question ». Visiblement, la solution incarné par le Brexit, a rapidement atteint ses limites quand à sa répétibilité…

 

Pourquoi tant se soucier de la répétabilité d’une solution ? Parce que, comme suggérait l’économiste Herbert Simon, nous sommes dans une situation continue d’économie cognitive : en d’autres termes, les informations, le temps et le pouvoir de réflexion sont limités dans la vie de tous les jours, une bonne solution doit être répétable dans des cas similaires à venir ou déjà présents, pour ne pas devoir recommencer le processus d’identification du malaise, de ses sources et des actions pouvant le soulager. Plus précisément, comme le Brexit nous le montre, il semble s’agir d’une répétition en perspective, ou réciproque : lorsqu’une solution est envisagée par certains, ils doivent considérés les effets pour ceux qui la subissent, ainsi la juger digne d’entre mise en avant (donc bonne) , c’est accepter d’être la partie qui subit la solution dans un contexte similaire mais dans la position renversé.

 

Mais comment pouvons-nous mieux comprendre cette idée du malaise ? Surtout, est-il possible d’y voir quelque chose de plus objectif ? Dans une vision plus scientifique, nous pouvons relier le malaise à la notion d’anomalie. Percevoir une anomalie, troublante et irritante, c’est percevoir un écart par rapport à nos attentes. Nos attentes peuvent être informées par des théories, comme dans le cas des sciences, mais aussi par la projection dans l’avenir de ce qui s’est passé jusqu’au présent : cette projection du passé dans le futur n’est évidemment pas neutre, mais inclue aussi des émotions, des jugements de valeurs, des idéologies, qui nous apprennent à voir la réalité d’une certaine façon et à y rechercher certains éléments comme plus désirables que d’autres.

 

Voyons donc à quoi cela nous porte, à partir d’un autre phénomène récent qui a eu beaucoup d’écho dans les médias et apparemment dans les esprits : le « burkini ». Sans se perdre dans sa complexe genèse on peut dire que le burkini, une tenue très couvrante qui permet –selon ces proposants– aux femmes de profiter de la plage tout en observant les prescriptions de la décence islamique, a créé un malaise parce qu’il s’agit d’une anomalie. Pas nécessairement une anomalie morale, mais une anomalie statistique : à partir des années Cinquante, nous avons constaté une progressive diminution de la portion de corps couverte par le maillot de bain, et un phénomène qui semble aller à l’envers de cette tendance est anormale. Si ceci est objectif, la codification du problème qui engendre le malaise, donc l’identification de la cause de l’anomalie, suit de la solution envisagée. Dans les sciences, la pire réponse à une anomalie est donnée par une « hypothèse ad hoc », quoi que parfois il s’agit de la seule réponse possible face au risque de devoir abandonner la théorie tout-court. Une hypothèse ad hoc ressemble à quelque chose comme : « la théorie T explique toutes les instances d’un certain phénomène X sauf l’instance particulière X1 ». Naïvement, on dirait que c’est l’exception qui confirme la règle, mais il n’en faut pas beaucoup pour comprendre que les exceptions ne confirment absolument jamais la règle. Un exemple de solution ad hoc regardant l’anomalie du burkini semble être une réponse légale qui simplement le déclare hors loi : « La Loi garanti aux citoyens le droit d’exercer leur liberté à condition que celle-ci ne soit pas nuisible aux autres sauf dans le cas du burkini ». Cette solution encadre le malaise dans un problème de vide juridique et en tant que tel y fait face. Mais est-elle réellement répétable ? Un système scientifique peut rester efficace avec une, deux, trois anomalies par defaut de mieux, mais un nombre excessif d’anomalies démêlées par des hypothèses ad hoc vont finalement entrainer la crise et la défaite de la théorie même : un effort législatif excessif ciblant le principe de la liberté individuelle, en outre de n’être pas viable au niveau de la démarche politique, risque finalement de remettre en discussion le principe même de la liberté individuelle. C’est une solution qui n’indique pas un chemin, qui ne peut pas être objet de répétions vertueuses, mais qui plutôt doit être clonée – et une caractéristique des clones est de maintenir tous les traits de l’originale, faiblesses inclues.

 

Comment agir, comment répondre à une anomalie comme le burkini sans avoir recours à une hypothèse ad hoc ? La solution, qui codifie le problème en même temps qu’elle décrit comment le démêler, peut suggérer d’agir sur deux éléments : sur les acteurs de l’anomalie, ou sur la perception même de l’anomalie?

 

Tommaso W. Bertolotti

Petite Philosophie de la Solution – Deuxième Partie

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Il y a quelques jours, nous avons entamé une petite réflexion philosophique sur la nature de la solution. La solution, ou plutôt les solutions, sont des choses qui nous font souvent débattre (et nous battre !) longuement. Pour comprendre cela, nous avons commencé par un examen du concept même de solution.

C’est donc le triplet Anomalie – Solution – Problème (ASP) qui va nous accompagner tout le long de notre réflexion. Ce triplet signifie que l’anomalie, ressentie comme troublante, demande un cours d’action pour être résolue. Cette dimension de l’action est introduite dans la philosophie contemporaine à partir du Pragmatisme Américain du XIX siècle (notamment par William James et Charles Sanders Peirce), qui nous dit que la pensée et l’action entretiennent une relation privilégiée. On pense pour agir, pour faire face à ce qui, dans le monde autour de nous, nous dérange. Les animaux sont eux aussi capables de solutions dans le sens où ils emploient leurs capacités cognitives pour exécuter des actions vouées au dépassement d’une situation anomale, qui les trouble, sans pour autant conceptualiser cela comme « un problème ».

Essayons de parcourir un exemple, qui puisse bien mettre en lumière les relations logiques du triplet ASP. La controversée question des migrants est une anomalie assourdissante pour nos démocraties occidentales et libérales. Dans n’importe quelle acception morale et politique, des phénomènes comme la « jungle » de Calais ou les favelas improvisées au Boulevard de Stalingrad à Paris sont anomales, et on en est gênés. Soit parce que nous nous sentons gênés en notre propre personne, soit parce que nous entrons en empathie avec les protagonistes de ce phénomène et nous sentons leur gêne dans ce qui se passe. En tout cas, la situation est anomale et troublante. Par contre, les triplets ASP déclenchés ne sont pas nécessairement univoques.

Triplet 1

Anomalie : Grand nombre de personnes sans-abri, en conditions sociales et hygiéniques extrêmement précaires, sans une progression autonome de la situation.

Solution : Il faut les renvoyer chez eux et empêcher que d’autres arrivent.

Problème : Il y a des gens dans le pays qui ne devraient pas y être.

Triplet 2

Anomalie : Grand nombre de personnes sans-abri, en conditions sociales et hygiéniques extrêmement précaires, sans une progression autonome de la situation.

Solution : Il faut les assister, les héberger et faciliter leur insertion dans la société.

Problème : Il y a des gens dans le pays qui ne sont pas accueillis comme il faudrait.

Dans ce cas, la même anomalie est affrontée par deux types de solutions, qui lisent deux descriptions différentes du problème. Sans en juger aucune à priori, il est intéressant de comprendre la structure des deux solutions.

  • Dans le premier cas, la solution prétend agir sur l’anomalie problématique, visant plus ou moins idéalement à sa disparition. Le deuxième type de solution, au contraire, prétend agir sur ceux qui perçoivent l’anomalie, visant à ce qu’ils se responsabilisent comme origine (au moins contextuelle) de l’anomalie.
  • Si on considère l’exemple du fameux « burkini », le premier type de solution consiste dans l’interdiction formelle de cette tenue, et le deuxième est représenté par une réflexion portant à juger plutôt comme anomale la réaction même au phénomène, au nom de la tolérance, de la mixité culturelle et de la liberté individuelle.

Les relations homosexuelles, anomales d’un point de vue simplement statistique, ont vu pendant l’histoire un fréquent recours à solutions du premier type, jusqu’à que l’évolution des cultures et des valeurs ont commencé à proposer de considérer comme anomale non pas ces relations, mais le fait même qu’elles soient interprétées comme anomales.

Ce discours semblerait nous porter à la conclusion que les meilleures solutions sont celles du deuxième type, signe d’ouverture d’esprit, et que les solutions du premier type ne sont que des grossiers effets de la paresse intellectuelle. Ceci n’est pas toujours le cas : considérons le malaise qui connote l’utilisation des stupéfiants se traduit dans le « problème de la drogue ». D’un côté on peine à voir comme une bonne solution la « guerre à la drogue » menée par l’actuel président des Philippines Rodrigo Duterte depuis son élection en Mai dernier, qui a provoqué la mort de 3000 personnes (dont beaucoup de toxicomanes) en quelques mois ; de l’autre côté on imagine facilement qu’une libéralisation totale de tout genre de substance stupéfiante, privant la drogue de son statut d’anomalie en tant que réponse à une souffrance sociale, ne saurait pas une bonne solution non plus.

La plupart des solutions aux anomalies, et donc aux malaises que ces dernières engendrent lorsqu’elles sont perçues, se positionne quelque part entre ces deux pôles : l’élimination factuelle du malaise d’un côté, de l’autre l’absorption de l’anomalie pour qu’elle ne soit plus considérée en tant que telle.

Adopter une solution, et donc une lecture du malaise en tant que problème, signifie nécessairement se confronter avec le système de valeurs d’un groupe ou de toute une société. L’anomalie est telle parce qu’elle viole nos attentes, et nos valeurs. C’est bien pour ça qu’elle nous perturbe. C’est quoi une valeur dans ce discours ? Très simplement, c’est quelque chose qu’on chérit, qu’on tient comme plus ou moins fortement relié à notre bien-être physique, émotif, intellectuel ou spirituel. On peut penser à la vie, à la liberté, au bonheur, à la santé, à la richesse comme à des valeurs. Mais aussi à la foi, à l’épanouissement amoureux, à l’appartenance culturelle et/ou ethnique à un peuple ou à un État. Certaines valeurs se sont codifiées comme des droits, comme le droit à la vie et le droit à la liberté : cela signifie que la vie et la liberté sont des valeurs tellement importantes que personne n’a le droit de nous en priver. Nous percevons certaines valeurs comme fondamentales, d’autres sont importantes, désirables, préférables mais pas aussi vitales.

Si la solution à l’anomalie qui consiste en un fort nombre de migrants c’est simplement de les « renvoyer chez eux », c’est par exemple parce que l’appartenance à un chez soi est perçu comme une valeur, tout comme l’identité ethnique ou culturelle. En même temps, l’adoption de cette solution est controversée car elle n’est pas en accord avec d’autres valeurs, notamment la tolérance, la charité, la fraternité humaine, la responsabilité.

Toutefois, la solution opposée n’est pas dévouée de conflictualités non plus. Soutenir que les migrants sont tous à accueillir sans discrimination, dans un contexte de ressources limitées comme tout contexte humain et encore plus dans l’Occident pas encore rétabli des récentes crises économiques, signifie nécessairement compromettre des valeurs comme l’ordre, la sécurité sociale, la santé mais aussi l’appartenance culturelle à un peuple/État.

À l’intérieur d’une société, une bonne solution est celle qui cherche à obtenir la meilleure réduction du malaise, tout en maximisant la cohérence entre les valeurs portées par le résultat et celles qui animent la société, selon l’importance de chaque valeur et l’entité des incohérences. Les sociétés peuvent supporter des incohérences, le vivre ensemble est connu depuis la Grèce ancienne comme l’art d’apaiser les inconsistances, mais si les contradictions entre valeurs deviennent excessives, la société peut aller à l’encontre d’une crise dont elle pourrait sortir avec un nouveau système de valeurs.

Comment procèdent les esprits à juger la faisabilité d’une solution ? En considérant une anomalie, la situation à laquelle elle est liée, et les possibles voies d’actions, on prend du recul. Une anomalie signifie qu’une situation actuelle n’est pas compatible avec nos valeurs: en prenant du recul on évalue si l’on doit agir sur le phénomène en question, ou sur nos valeurs, ou encore sur les deux.

Pour suivre notre exemple, la division (parfois douteuse) que l’on fait entre les migrants économiques et les migrants humanitaires, est un exemple de négociation effectué par les hommes, entre leurs valeurs, les actions à entreprendre et les conséquences qui en résulteront. Cette distinction permet le recours à une voix médiane.

Cela dit, il est important, sans hypocrisie ni nihilisme (la tendance à ne croire en l’existence ou en l’importance d’aucunes valeurs), d’accepter le fait que toute solution et sa bonté sont relatives à une société particulière et au contrat sociale qui l’inspire. Certes, nous pouvons répondre qu’on peut creuser tant qu’on veut mais à un moment nous allons bien tomber sur ces valeurs fondamentales qui sont les Droits de l’Homme. Mais les Droits de l’Homme sont une acquisition historique, dérivants eux mêmes d’une longue élaboration au sein des cultures pendants plusieurs siècles. Non seulement pas toutes les sociétés les respectent et les appliquent, mais aussi ils peuvent être respectés et appliqués de façon différente sans renier leur acceptation.

Est-ce que ceci doit nous faire désespérer quand à la réelle possibilité de trouver des bonnes solutions aux malaises de nos sociétés ? Bien sûr que non, au contraire ! Les enjeux changeants toujours, entre les valeurs que nous érigeons comme nos préférées et les situations actuelles. Cela nous donne des modèles de succès ainsi que de faillite aussi. Le fait même que les valeurs et leurs priorités changent le long de l’histoire, des cultures et des géographies, n’est pas un obstacle mais une richesse : encore plus, c’est la condition nécessaire pour que des solutions émergent.

 

Tommaso W. Bertolotti

[Vu des USA] Elections américaines 2016 : où est passée l’information ?

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[OPINION] Par Katrina vanden Heuvel, éditrice du journal The Nation (USA).

En bref

  • Dans cette tribune d’opinion parue mardi dans le Washington Post, Katrina vanden Heuvel, éditrice du journal The Nation (USA), pointe les dérives médiatiques qui se sont illustrées dans la couverture des élections américaines. Elle regrette que les médias aient mis sur le même plan les deux candidats principaux, Trump et Clinton, et aient écarté des sujets cruciaux qui auraient dû être portés à connaissance des citoyens américains et examinés conformément à la déontologie journalistique.
  • L’éditrice du journal lance un appel à valeur universelle : les médias ne doivent pas manquer à leur devoir de vigilance, en faisant primer l’audience à tout prix sur l’investigation et l’éclairage des citoyens. C’est la condition pour que les journalistes soient garants de la démocratie.

 

Quel a été le thème central de la campagne présidentielle de 2016 ?

Dans la plupart des périodes électorales précédentes, la réponse à cette question a été relativement simple. En 2008 et 2012, c’était l’économie. En 2004, c’était la sécurité nationale et la guerre en Irak. Mais cette année, les choses sont beaucoup moins claires, parce que les problèmes les plus urgents auxquels le peuple américain est confronté ont été éclipsés par des titres outrageants, de faux scandales, des nouvelles erronées, et une couverture honteuse du cirque de Donald Trump. Plus que dans toute autre élection récente, le rôle des médias est devenu un enjeu central de la campagne.

La « faute » des médias a débuté en 2015, alors que les réseaux en quête d’audience et de profit- et à but lucratif- ont encouragé la montée de Trump en lui offrant un accès illimité, sans regard critique et sans filtre sur les ondes. Sur l’année, les trois principaux journaux télévisés du soir ont couvert Trump deux fois plus que Hillary Clinton – et 16 fois plus que le sénateur Bernie Sanders, dont ils ont massivement marginalisé voire rejeté la candidature. D’après une étude parue en mars dernier, les médias ont accordé à Trump l’équivalent de près de 2 milliards de dollars de parole sans contrainte. La couverture électorale qui a suivi n’a pas été plus glorieuse. Fin Octobre, ces mêmes journaux télévisés du soir avaient à peine consacré une demi-heure de temps aux questions politiques, au total depuis le début de l’année 2016. Le changement climatique, le commerce et d’autres questions importantes n’avaient été l’objet d’aucune couverture médiatique.

Il est évident que d’autres facteurs – comme l’aptitude des candidats au poste – font partie des sujets les plus pertinents dans une élection. Mais cela ne donne pas pour autant aux médias le loisir d’ignorer les questions d’importance vitale pour les électeurs de l’ensemble du pays. Cela n’excuse pas la manière dont certains médias ont mis sur le même plan Trump et Clinton, créant et alimentant une fausse équivalence entre les deux candidats ou les partis qui les ont désignés. Cela ne justifie pas non plus que la couverture médiatique des candidats eux-mêmes ait été dépourvue de substance.

Commençons par Trump. Il faut reconnaitre que, dans la presse écrite en particulier, des journalistes tel David Fahrenthold du Washington Post ont fait un travail de reportage remarquable. Mais malgré la malhonnêteté pathologique de Trump, la démagogie raciale et le mépris à l’égard du Premier Amendement de la Constitution des Etats-Unis [1], une grande partie des médias l’ont dépeint comme un candidat « normal » à la présidence. Et le passage sous silence de certains sujets a réellement œuvré à l’avantage de Trump. Trump a pris la fuite  en refusant de dévoiler ses déclarations de revenus – une violation de la transparence qui aurait été considérée comme impardonnable à tout autre candidat. De même, il n’est pas difficile d’imaginer comment les médias auraient pu traiter un autre candidat à la présidence qui se serait explicitement vanté d’une agression sexuelle, enregistrement audio à preuve, et une cohorte de témoignages de femmes à l’appui affirmant avoir été l’objet d’attouchements. Et pourtant, après que le choc initial des propos de Trump se soit dissipé, les allégations à son encontre ont – incroyablement – été mises de côté.

De l’autre côté du spectre, il y a Clinton et le pseudo-scandale qui n’en finira pas. Le mois dernier, après que le directeur du FBI James B. Comey a révélé publiquement l’existence de nouveaux courriels potentiellement pertinents dans le cadre de l’enquête sur le serveur privé de Clinton, les médias s’en sont donné à cœur joie. Il était évident que le FBI en l’espace de quelques heures, n’avait rien découvert d’incriminant – le véritable scandale étant en réalité l’ingérence indue de Comey dans l’élection. Mais cela n’a pas empêché la plupart des médias d’amplifier les appels de Trump à « enfermer » la candidate ou de spéculer sur les retombées électorales.

Et si en 2008, les médias se sont concentrés à juste titre sur les implications historiques du premier président afro-américain, huit ans plus tard, l’hypothèse de l’élection potentielle de la première femme présidente du pays a largement été écartée. Il est difficile de ne pas établir de lien entre la normalisation de la misogynie de Trump et l’échec écrasant des médias à reconnaître ce moment-clé pour l’égalité et la dignité fondamentale de la moitié de la population de notre nation.

Ceci étant dit, il n’a pas fallu cette campagne pour montrer que beaucoup de médias sont dans un état de délabrement, ou que nous avons besoin de plus de « chiens de garde », plutôt que de toutous, pour défier des intérêts puissants à travers le spectre politique. Il y a eu d’autres moments où la suspension du regard critique et de la vérification des faits a mis la nation en danger. Par exemple lorsque les journalistes ont joué les pom-pom girls pour l’invasion de l’Irak.

Mais même avec une perspective historique, ce moment médiatique est particulièrement dangereux et lourd de conséquences. La couverture de cette campagne n’est pas le fait du hasard. Elle est le résultat de changements structurels corrosifs – l’effondrement des quotidiens locaux, la concentration excessive des médias, l’effacement des frontières entre l’actualité et le divertissement, la montée des « right-wing news » [NDLR : groupe de bloggeurs conservateurs] – qui rendent plus difficile la mission des médias à nous tenir informés des questions qui exigent notre attention. Pourtant, en dépit de ces défis croissants, les médias conservent un pouvoir extraordinaire pour établir les ordres du jour, façonner les perceptions et décider ce qui fait ou ne fait pas partie du débat public à l’échelle nationale. Tant que nous aurons un système corporatiste qui valorisera les clics et les classements plus que les débats politiques sérieux et les personnes et les communautés concernées, les problèmes ne feront que s’aggraver.

Quand la nation se réveillera mercredi, les analyses post-mortem commenceront. Dans ce cadre, nous devrions réfléchir sérieusement aux raisons de la distorsion des pratiques médiatiques qui s’est illustrée tout au long de cette campagne. Nous avons besoin de réformes structurelles pour faire revivre des médias centrés sur leur responsabilité, qui ne fassent pas primer les profits sur l’intérêt public. Et nous devrions être déterminés à nous assurer que lors des prochaines élections, le peuple américain puisse compter sur une presse libre et déterminée à remplir son rôle indispensable dans notre démocratie.

 

Cette tribune d’opinion a été publiée mardi dans The Washington Post, par Katrina vanden Heuvel, éditrice du journal The Nation (USA). Traduit par Gilles Vanderpooten, Reporters d’Espoirs (France) avec l’autorisation de l’auteure.
Titre original : « Media Malpractices 2016 ».

 

[1] « Le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice ; ou pour limiter la liberté d’expression, de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement ou d’adresser au Gouvernement des pétitions pour obtenir réparations des torts subis. »

La face oubliée et lumineuse du réel

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L’édito de Jean-Claude GUILLEBAUD

Dans son billet paru dans Sud Ouest Dimanche le 16 octobre 2016, le journaliste et grand reporter Jean-Claude Guillebaud fait le lien entre l’esprit du film Demain et l’action que mène Reporters d’Espoirs depuis 2004.

Depuis un peu moins d’un an, un superbe documentaire circule comme une espérance dans la société civile et les réseaux associatifs. Réalisé par la comédienne Mélanie Laurent et le journaliste Cyril Dion, il ouvre une formidable fenêtre sur l’avenir. Intitulé « Demain », il propose une traversée du monde effectuée par une jeune équipe partie répertorier des raisons de reprendre goût à l’avenir.
Des États-Unis au Danemark, de l’Inde à l’Afrique, il raconte les initiatives, les combats et les innovations porteuses de solutions.
De très grands témoins, experts, philosophes, économistes, sont interrogés partout sur la planète. Ils redonnent toute leur légitimité à mille et une utopies réalisables. Mais la tonalité n’est jamais naïve. C’est aussi une charge implacable contre la folie contemporaine, l’agriculture productiviste, le pillage de la planète et l’avidité du système économique et financier dominant.
Ce « reportage » planétaire hors du commun aura innové jusque dans son financement. Ce dernier a été assuré en 2015 grâce à une campagne d’investissement participatif qui a réuni 10 266 donateurs, pour un total de 444 390 euros.
Sur le fond – mais sans invectives –, la politique ordinaire est ringardisée, le cynisme ambiant montré du doigt, la bêtise débusquée.
Des pensées minoritaires comme celle de Pierre Rabhi et de son mouvement Colibris sont privilégiées et mises en avant. Avec raison. J’ajouterai que l’ONG Reporters d’espoirs, dont j’ai eu la chance de présider le conseil d’orientation, trouve là l’illustration magnifique de son intuition initiale. Elle tenait en peu de mots : inciter les médias à diffuser – aussi – les bonnes nouvelles, au lieu d’être systématiquement catastrophistes.
Par vocation, en effet, le journalisme raconte jour après jour, et tente de comprendre, les tragédies du monde. Une logique structurelle l’incline à réserver son attention aux désastres qui habitent le monde : guerres, famines, querelles, séismes, épidémies…
Cette inclination fait de chaque reporter un préposé aux catastrophes. Les médias s’intéressent surtout aux trains qui déraillent et jamais à ceux qui sont à l’heure ; ils insistent sur les naufrages et négligent les navires qui parviennent à bon port ; ils parlent du terrorisme mais plus rarement du sang-froid des sociétés civiles.
Ainsi le journalisme est-il menacé par une forme d’hémiplégie.
Il privilégie la dimension la moins glorieuse du réel. Pour l’essentiel, le discours médiatique est attristé, voire alarmé. Il s’habille en noir. Or, la réalité, nous le savons, n’est jamais aussi sombre. Elle est faite d’ombres et de lumières. Elle mêle le pire au meilleur. Partout. Toujours. À n’insister que sur les ombres,
on ment par omission. Vieille question ! Cette infirmité désespérante n’est pas facile à corriger.
Qui veut insister sur les raisons d’être d’optimiste frôle le ridicule. En produisant un récit édifiant, moralisateur ou lénifiant, il ne fait qu’opposer à une erreur une image inversée de celle-ci ; il substitue à une omission une autre sorte d’oubli. Ce n’est pas ce moralisme-là, mais pas du tout, qu’entendent promouvoir
les initiatives qui fleurissent ici et là, et dont le film « Demain » est un superbe exemple. Plus sérieusement, il s’agit de s’intéresser intrépidement à l’autre dimension du réel : victoires sur la fatalité, engagements têtus, démarches de paix, réconciliations durables, prouesses de toutes sortes.
D’innombrables nouvelles, en effet, ne sont (presque) jamais rapportées, ni a fortiori mises en valeur. C’est à ce « trou », à ce « manque », qu’il faut s’intéresser. La face cachée du réel, la plus ensoleillée, mérite d’être prise en compte. L’enjeu est capital : promouvoir avec rigueur et obstination tout ce qui, mine de rien, permet aux sociétés humaines de tenir encore debout.

Prix Médias de la Fondation Pierre Deniker pour la santé mentale : Reporters d’Espoirs membre du jury

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La remise des prix et bourses de la Fondation Pierre Deniker -qui œuvre pour la recherche et la prévention en matière de santé mentale-, s’est déroulée le 13 octobre 2016 à l’Académie Nationale de Médecine. Elle était animée par Hélène Cardin et David Gourion. Gilles Vanderpooten, directeur de Reporters d’Espoirs, a remis les « Prix Médias » à 4 journalistes, en tant que président du Jury.

La remise des Prix a été précédée d’un hommage à Jean Delay, psychiatre, écrivain et fondateur, avec Pierre Deniker, de la psychopharmacologie et de l’école de Sainte-Anne. Au détour de textes écrits par Jean Delay, de nombreuses personnalités ont témoigné du dévouement avec lequel celui-ci a dédié sa vie à la psychiatrie et à l’écriture. Sa fille, Florence Delay, mais aussi Marc Masson ou encore Raphaël Gaillard lui ont rendu un hommage vibrant.

Outre les Prix de l’Innovation (remis à Renaud Jardri pour l’application MHASC) et Prix du Jeune chercheur (Boris Chaumette, « Détermination des facteurs génétiques de la résistance thérapeutique dans la schizophrénie »), 5 bourses ont été décernées afin d’encourager des travaux de recherche (à découvrir  ici).

Pour la première fois, la Fondation Pierre Deniker a remis, en partenariat avec l’ONG Reporters d’Espoirs représentée par Gilles Vanderpooten, des prix Médias afin de récompenser le travail de déstigmatisation et d’information effectué par les journalistes.

  • Grand prix : Claire Hédon, journaliste à RFI
  • Prix du Jury : Florence Rosier, journaliste au Monde et Pascale Senk, journaliste au Figaro
  • Prix de l’Initiative : Jean-Marc Bretonnier, rédacteur en chef de La Voix du Nord

deniker_prixmedia2016

Pour + d’infos : www.fondationpierredeniker.org

deniker

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79% des français estiment qu’il faut prendre les choses en main et ne pas subir : le Sondage France des solutions – Ouest France par l’IFOP

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Ouest France, partenaire fidèle de Reporters d’Espoirs, a réalisé avec l’IFOP un sondage spécial à l’occasion de « La France des solutions ». Focus sur les principaux résultats.

« Près de huit Français sur dix estiment aujourd’hui que, dans la vie, il faut prendre les choses en main et ne pas subir (79%) plutôt que de les prendre comme elles sont (21%), soit une augmentation de trois points par rapport à l’an dernier. Outre ce surcroît de volontarisme, on observe qu’il n’est pas appréhendé de la même manière en fonction de l’âge : en effet, plus on est jeune et plus l’item « il faut prendre les choses comme elles sont » est cité (de 14% chez les 65 ans et plus à 31% chez les 18-24 ans), preuve qu’un certain fatalisme traverse une partie de la jeunesse du pays et que le rapport à l’adversité évolue avec l’âge et l’expérience.

Dans le détail, le volontarisme des Français s’exprime dans leur propension à s’engager pour différentes causes, par exemple en faisant du bénévolat ou du volontariat pour une association ou ONG. Ainsi, deux tiers (64%) se disent prêts à s’engager auprès d’une organisation consacrée à la culture et aux loisirs, une thématique suivie par d’autres domaines plus relatifs aux problématiques sociétales comme l’environnement (62%), la santé (61%) et l’action humanitaire (60%, qui recoupe l’action caritative, l’aide à domicile, etc.). Par ailleurs, environ la moitié des Français serait prête à s’investir dans l’éducation (50%, par exemple dans des fédérations de parents d’élèves) ou la défense des droits (48%, syndicats, copropriétés, etc.). Si des centres d’intérêt comme le sport (44%) et le patrimoine (39%) suscitent encore une disposition d’engagement importante, on relève que les domaines les moins stimulants sont la politique (20%) et la religion (17%). Dans le détail, on observe un surcroît d’engagement potentiel chez les plus jeunes et un score généralement inférieur à la moyenne chez les plus âgés… sauf en matière de défense des droits (53% des personnes âgées de 65 ans et plus susceptibles de s’y investir, contre 48% en moyenne) et de patrimoine (41%, contre 39%).

[…] Dans une société où la majorité estime qu’il faut prendre les choses en mains, il n’est guère étonnant que les individus eux-mêmes soient considérés comme l’acteur le plus à même de trouver des solutions pour améliorer la situation dans le pays (31%). Par contraste, seuls 13% des Français citent l’Etat et les pouvoirs publics, 11% les entreprises privées et les associations, quand un tiers ne fait confiance à aucun de ces acteurs (34%).

[…] Au final, trois quarts des Français (74%) considèrent que ce sont les citoyens qui sont les mieux placés pour améliorer la situation dans le pays, car c’est par une somme de petites initiatives qu’on peut vraiment changer les choses. A contrario, 26% estiment que ce sont les politique qui sont les mieux placés, eu égard à leurs leviers législatifs et budgétaires. Dans cette dichotomie, une opposition se fait jour : environ deux tiers des sympathisants des partis de gouvernement (64% au PS et 67% chez Les Républicains) privilégient l’action des citoyens quand ce score dépasse les 70% dans des franges plus contestataires comme les proches du Front de Gauche (72%) et du Front National (79%).
> Plus d’analyse sur le site de l’IFOP

> Les résultats complets de l’étude IFOP

"Les infos gratuites sont des infos pourries qui font peur ou rendent malheureux" : quand les internautes s’en prennent au Monde

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« Le village éthiopien qui ne craint plus ni la sécheresse ni l’exode », tel est le titre d’un article mis en ligne par le Monde, jeudi 28 juillet 2016. A Reporters d’Espoirs, nous scrutons, épluchons et analysons toutes les initiatives positives émergeant sur le globe. Notre but : vous faire connaitre un maximum de solutions répondant aux enjeux de l’époque. Notre créneau : l’information lorsqu’elle est constructive, utile aux individus, peut contribuer à la prospérité de nos sociétés.

Pour ce faire, nous encourageons les médias à traiter des solutions, tout en étant attentifs à leurs enquêtes lorsqu’elles sont porteuses d’espoirs. Alors quand un journal comme Le Monde, attire notre attention sur l’exploit qu’un village éthiopien a réalisé face à une menace climatique, nous sommes preneurs ! Nous nous empressons d’enregistrer l’article dans notre veille, et de le faire connaitre au plus grand nombre. Nous alimentons ainsi notre page facebook, et vous incitons à le partager !

Mais voilà… Problème : l’article de ce grand quotidien étant payant, c’est avec regret que nous nous abstenons de le diffuser. Légitimement, la presse a des impératifs économiques, et tout travail mérite salaire ! Mais la surprise vient plus tard…C’est au matin suivant, au cours de notre veille  facebook,  que nous découvrons avec stupéfaction les commentaires des internautes sur ce même article du Monde.

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Extraits :

« Michel Serge Le monde , pour des raisons financières, nous laisse sur notre faim et notre soif d’en apprendre un peu plus sur des réalisations qui peuvent sauver l’Afrique , dommage que l’argent passe avant la connaissance. ..

Anaëlle Mrtte Les infos gratuites sont des infos pourries qui font peur ou rendent malheureux.

Dam Ned Oui c’est nul de réserver ce type de nouvelles pleines d’espoir aux abonnés. Heureusement qu’il y a d’autres journaux

Pierre Thomé bien qu’abonné depuis longtemps, je regrette, comme d’autres, que cet article ne soit pas en libre accès. Comment se font les choix d’articles gratuits ?

Anna Maria Camus Oui, ce genre d’ article est super important pour tout le monde, il faut l’ afficher avec de gros titres, c’ est du beaume au coeur! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois de plus, nous sommes ravi de constater que lorsque la presse s’intéresse à des initiatives constructives, le lectorat répond présent. Nous savions grâce à plusieurs études, que les articles orientés « journalisme de solution », comme ce dernier, suscitent deux fois plus d’intérêt, en termes de « lus » comme de « partages ». En revanche, nous n’avions jamais eu l’occasion d’assister à un débat sur les réseaux sociaux concernant le caractère gratuit ou payant des sujets abordés.

Si dans la plupart des commentaires, le souhait d’obtenir gratuitement une information « utile » à la communauté est revendiquée, tous s’accordent sur le fait que la presse ne peut être totalement gratuite. Toutefois, ces followers du Monde s’interrogent sur ce qui pousse le journal à rendre plus souvent accessibles les sujets anxiogènes.

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A Reporters d’Espoirs, lorsque l’on questionne certains journalistes de grands hebdomadaires, sur les difficultés à intégrer de l’information « solution », on peut nous répondre : « Malheureusement, l’anxiogène ça fait vendre […] En temps de crise identitaire…. De trouble social… D’incertitude économique…Dire quels sont les coupables, qui nous veut du mal, et comment, c’est certes un peu l’esprit de la théorie du complot, mais c’est ce que les gens attendent. Quand vous annoncez des bonnes nouvelles, vous êtes plus suspicieux en tant que journaliste, et on peut vous accuser de faire de la communication ».

A l’inverse, la polémique Facebook autour de cet article du Monde, soulève la question suivante : quel est l’intérêt de « privatiser » une information aussi bénéfique pour la collectivité ? Doit-on en déduire qu’il y a un « complot » pour nous cacher ce qui fonctionne ? Bien entendu, non. Pour autant, s’interroger sur l’agenda-setting des médias (l’ordre de priorité des sujets), prendre en compte l’impact que ces informations ont sur les individus, c’est poser le débat de l’équilibre du traitement de l’information, et la capacité des rédactions à refléter les réalités du monde dans leur globalité.

Anaïs Dedieu.

 

 

 

Dominique Wolton : "Les journalistes doivent réinventer leur métier"

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Dominique Wolton, sociologue des médias, plaide pour des médias généralistes de qualité et considère la télévision comme vecteur de cohésion sociale et condition de la démocratie de masse. Retour sur son interview à France Info, par Olivier de Lagarde (Un monde d’idées).

Son diagnostic critique résumé en 3 points :

  1. Les médias sont un univers saturé d’informations.
  2. On y trouve toujours la même chose.
    • « Pourquoi le matin, dans les médias, il y a systématiquement des mauvaises nouvelles, et pas de bonnes nouvelles ? »
  3. Les journalistes sont toujours sur le même champ, saturent un événement pendant 2-3 jours, l’oublient complètement, puis aucun retour.
    • « Vous travaillez plus mal parce que vous travaillez plus vite, la concurrence est infernale. […] Que devez-vous faire pour sauvegarder la grandeur de votre métier ? »
    • « Les médias sont une oligarchie où ce sont toujours les mêmes qui tournent, que l’on retrouve d’un média à l’autre. »
    • « Il n’y a pas de rapport entre l’information et la connaissance. Pas d’accession à l’antenne de religieux, scientifiques, entrepreneurs… »

> [+] d’éléments sur le site de FranceInfo

[Le Monde] Désormais, le « Guardian » préfère voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide

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Violaine Morin (@ViolaineMorin) a publié le 8 juin 2016 dans le journal Le Monde un article dans lequel -à partir de l’exemple du quotidien britannique The Guardian, récemment converti au journalisme constructif (avec la série « Half Full« )- elle fait un point sur ce mouvement porté en France par Reporters d’Espoirs. Notons que The Guardian s’était déjà fait remarquer pour son engagement éditorial ambitieux en amont de la conférence climat Cop21, en se positionnant contre les énergies fossiles et en faveur des énergies renouvelables (« Keep in the group » campaign) .
Extrait.

« Le Guardian a mené une enquête auprès de ses lecteurs, pour savoir s’ils apprécieraient de lire plus de nouvelles positives. La réponse est tombée il y a quelques jours : « Un nombre significatif nous a répondu que nous voyions constamment le verre à moitié vide», explique le quotidien britannique.
Depuis le 1er juin, les internautes sont donc invités à proposer leurs idées, sur un formulaire disponible sur le site, pour alimenter une nouvelle série d’articles intitulée «Half full» («à moitié plein»). Sous-titrée «solutions, innovations, réponses », la série propose déjà deux articles : l’un sur les solutions imaginées par des start-up pour nourrir la planète, et l’autre sur le revenu universel.
L’initiative rouvre un débat déjà ancien dans la presse : faut-il faire de l’information positive?
En France, le «journalisme constructif » ou «journalisme d’impact » est porté par l’association Reporters d’espoir, qui souhaite relayer plus de reportages « « positifs » et collabore par exemple avec le « Libé des solutions » et le «Ouest France des solutions», des numéros spéciaux qui paraissent une fois par an. […]»

La journaliste rapporte les propos du Guardian, qui ont le mérite de confirmer la distinction entre « positif » / »bonne nouvelle » et « journalisme constructif » (ou « de solutions ») que promeut Reporters d’Espoirs depuis de nombreuses années :

« Ceux qui ont essayé de s’opposer au cours habituel des actualités ont souvent été tournés en dérision, indique le journal. On les accusait de tomber naïvement dans le piège de la futilité et du buzz, ou alors de passer à côté de l’info. Nous croyons qu’il existe un juste milieu. Ce ne sont pas des « bonnes nouvelles », mais un journalisme constructif, centré sur les solutions et les réponses, sans pour autant les approuver. »

The Guardian confirme ainsi la nécessité d’un journalisme de la complexité : analyser les problèmes et enjeux tout en analysant des « solutions » (ou plus précisément des initiatives proposant des réponses concrètes). Avec le même regard critique et distancié. Pour éclairer les citoyens et témoigner que l’action est possible et peut être productive, contre le fatalisme. Voilà notre mission.