Comment médiatiser la COP21 ? Le point de vue du journaliste – Anne Tezenas du Montcel

By 27 novembre 2015Le Lab

Co-directrice de l’ouvrage « Voyage de l’anthropocène. Cette nouvelle ère dont nous sommes les héros », Anne Tezenas du Montcel s’intéresse, dès 2011, aux questions climatiques. C’est avec ce livre que l’ « aventure climatique » débute pour la journaliste. Depuis deux ans, elle suit les COP en immersion au sein de la présidence de la COP pour Le Parisien magazine et prépare un ouvrage sur le sujet.

Lire l’entretien avec Anne Tezenas du Montcel en version PDF

Pourquoi un tel intérêt pour la question climatique ?

La question climatique est bien plus qu’une série d’inquiétudes et de catastrophes. Elle ne se résume pas à des changements de température. C’est aussi l’occasion de créer un monde nouveau. De bouleverser nos systèmes. Mettre d’accord 195 pays semble irréaliste et pourtant c’est bien ce dont il est question : c’est toute la beauté des utopies. Elles sont inatteignables, mais elles entraînent l’Homme dans une incroyable dynamique, elles sont moteur d’innovations, de créations, elles poussent les sociétés à se dépasser et à s’améliorer. D’énormes progrès ont été faits et la prise de conscience est, chaque jour, un peu plus forte. On n’est plus au même stade qu’en 2009, avec Copenhague. Le monde de la finance bouge, celui des entreprises également. Les sociétés sont en marche vers de nouveaux modèles.

En quoi les COP participent-elles de ces changements ?

Il s’agit d’un processus d’évangélisation : grâce aux COP, les pays d’accueil intègrent la question climatique, elle devient audible dans le milieu politique et gagne en visibilité au sein de la société civile. C’est une donnée essentielle qu’il ne faut pas sous-estimer.

Quels conseils pouvez-vous donner aux journalistes qui relaieront la COP21 ?

Garder une focale très large. L’écueil dans lequel les journalistes non-initiés risquent de tomber, c’est d’adopter un regard photographique. Faire du « One shot » en ne rendant compte que des négociations du jour, s’attendre à des mesures concrètes aux impacts immédiats et conclure à un échec cuisant – parce que trop abstrait et hermétique. Au contraire, en tant que leaders d’opinion, le rôle des médias est fondamental : ils doivent appréhender la COP sur le temps long et montrer les évolutions qui, peu à peu, nous libèrent d’une société industrielle vieille de 200 ans.

Comment montrer ces évolutions ?

Tout l’enjeu est de créer une rupture entre le monde d’hier et celui de demain. Le chemin est forcément long et progressif, mais nous l’avons déjà commencé. Les médias doivent en rendre compte et créer un effet de bascule entre ces deux ères. Tout ne se joue pas sur un mois, il ne faut pas se cantonner aux négociations, mais regarder les évolutions économiques et sociétales qui émergent. Chaque COP apporte un nouvel élément pour un nouveau système, pour la mise en place d’une nouvelle société dont nous sommes les acteurs. Le rayonnement est bien plus large que la COP 21. Des solutions émanent partout dans le monde. Pour les relayer, les journalistes pourront aller interroger les porteurs de solutions au Grand Palais par exemple. Une exposition « Solutions COP21 » y sera organisée du 4 au 10 décembre 2015. Le site du Plan d’actions Lima-Paris est également une source intéressante pour découvrir toutes les initiatives entreprises dans le monde, par des acteurs étatiques et non-étatiques (newsroom.unfccc.int/lpaa-fr). Médiatiser les solutions d’une part et se plonger dans les négociations d’autre part permet d’avoir une couverture médiatique plus globale. Dernier point : il ne faut pas être impressionné par la complexité du jargon diplomatique. Les enjeux sont tels qu’un langage spécifique est nécessaire : les nuances, les détails et précisions permettent aux États d’arriver à un consensus. Les journalistes pourraient, pour commencer, lire les travaux du groupe de travail de l’ADP (The Ad Hoc Working Group on the Durban Platform for Enhanced Action). Et puis interroger les experts qui seront sur place, au Bourget, bien sûr •

Postez un commentaire