Entreprise & Handicap : pourquoi ça coince ?

Il y a des débats qui ne devraient plus être. Pourtant face à l’inertie de certaines situations, l’interrogation persiste afin d’extraire des solutions durables et efficaces. C’est le cas du handicap au travail. Au cœur du 34ème « Alter Mardis : Parlons Solutions », le défi du monde professionnel face au handicap a réuni Cédric Lorant, président de l’UNISDA, Gérard Lefranc, directeur de la mission Insertion chez Thales, François Goudenove, dirigeant de Websourd, Véronique Dubarry, adjointe au maire de Paris chargée des personnes en situation de handicap et Seybah Dagoma, adjointe au maire de Paris chargée de l’économie sociale et solidaire. Animée par Olivier Le Mab, réalisateur du documentaire « S’entendre avec les sourds » projeté pendant la conférence, la rencontre a mis l’accent sur l’acceptation de la différence au travail et a soulevé les freins et les solutions à mettre en œuvre pour faire du handicap un atout majeur de l’entreprise.

Le premier défi à soulever réside dans la perception du handicap. « L’handiphobie est extrêmement présente et violente », rappelle Véronique Dubarry. Approximative dans la vie quotidienne, son appréciation trouve des conséquences méconnues, mais pas moins douloureuses, dans le monde professionnel. Le portrait de la Laetitia Cohen, mis en scène dans le documentaire d’Olivier Le Mab, illustre à merveille toute l’incompréhension et la méconnaissance qui entourent la surdité. En effet, certains handicaps restent invisibles au premier abord. La podologue insiste : « une personne sourde ça ne se voit pas, contrairement à une personne aveugle. Elle est perçue comme quelqu’un qui ne capte pas l’information. On nous prend pour des idiots avant d’être sourds ». Après l’échec du rachat de la clientèle d’une podologue parisienne pour cause injuste de surdité, ses années d’orthophonie, sa motivation décuplée et la confiance de ses patients ont participé à sa réussite professionnelle.
L’ennemi à abattre n’est pas le handicap mais plutôt la stigmatisation, la méfiance et l’inquiétude qu’il engendre… Car les préjugés ont la peau dure dans les entreprises, notamment du côté des salariés valides. D’après un sondage Adia-Ifop réalisé en 2009, 55 % d’entre eux considèrent que les personnes handicapées connaissent des difficultés à accomplir leur tâche (cadences, absences…). Certaines entreprises préfèrent encore payer plutôt que d’accueillir le handicap ! Elles contournent ainsi la loi du 10 juillet 1987, imposant 6% de travailleurs handicapés au sein de l’effectif des entreprises, et s’arrangent avec celle du 11 février 2005, qui prévoit des sanctions financières pour les entreprises ne respectant pas les quotas. D’autres ont fait le choix de la responsabilité face à l’égalité des chances à l’instar de Gérard Lefranc : « c’est très enrichissant, nos approches et nos solutions varient, du coup nos processus d’innovation se diversifient ». François Goudenove insiste sur la bonne santé de l’entreprise grâce aux mentalités qui s’améliorent. Pour dédramatiser le sujet, ces entreprises multiplient les opérations de sensibilisation et d’information auprès de leurs salariés et recruteurs.

Le deuxième enjeu concerne la formation des personnes en situation de handicap. En effet, leur manque de compétences est souvent évoqué par les entreprises comme principal frein à leur embauche. Avec seulement 4% des personnes handicapés diplômés des grandes écoles, les entreprises doivent développer des systèmes d’apprentissages innovants pour recruter des candidats qualifiés. Thalès, qui accueille 1500 personnes en situation de handicap, montre l’exemple en favorisant l’emploi des personnes handicapées, mais aussi de le pérennisant. Comment ? En intervenant le plus en amont possible, au niveau de la formation des jeunes. Ainsi, l’entreprise n’a pas hésité à mettre en place des partenariats avec des CRP (Centres de reclassement professionnel), des IUT, des universités et des grandes écoles, pour atteindre des niveaux de formation satisfaisants. Objectif: réfléchir avec les enseignants sur l’organisation des formations, proposer un soutien individuel à des étudiants par le biais de parrainages et développer l’alternance. Enfin, la création de l’association Hanvol favorise considérablement l’insertion, la formation et l’emploi des personnes handicapées dans l’aéronautique.

Le dernier challenge est celui de l’innovation. Le documentaire d’Olivier Le Mab prouve la nécessité d’apporter des moyens de communication adaptés aux personnes handicapées, notamment un système de téléphonie. François Goudenove a pensé l’autonomie des sourds et malentendants grâce à la technologie. Pionnière dans le développement de l’accessibilité et de la citoyenneté des sourds via les technologies de l’information et la langue des signes, sa plateforme Websourd facilite leur quotidien. Communiquer, téléphoner et s’informer devient possible grâce à un opérateur qui traduit les propos en langue des signes. Cependant la majorité des petites entreprises n’ont pas les moyens d’accéder à la technologie. Aussi le rôle des associations, des bassins d’emploi et des grandes entreprises reste primordial pour faciliter l’insertion des personnes en situation de handicap dans des structures de toutes tailles. Le handicap n’est pas l’affaire des seuls handicapés, il doit tous nous concerner et nous mobiliser.

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