La précarité énergétique : vers quelles solutions se tourner ?

Mardi 13 janvier le 2ème Alter Mardis : Parlons Solutions consacré au cycle sur « La ville durable » célébrait l’union de la précarité énergétique avec des solutions efficaces et durables. Un pari sur l’avenir débattu par Gwénaël Guyonvarch, Directeur Régional Ile de France de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), François Marty, Président du Chênelet, groupe solidaire pionnier dans le développement du logement social écologique et Ashoka Fellow et Julie Dumont, manager d’Auxilia, structure de conseil imaginatif en développement durable. Les invités ont participé à l’officialisation d’un mal d’un genre nouveau, qui se propage sournoisement dans de nombreux foyers français à une vitesse grand V et qui, comme une machine infernale, fabrique une armée de précaires énergétiques. Les témoins de cette « cérémonie » ont constaté l’urgence d’une alliance entre pauvreté énergétique et solutions durables et efficaces, dans une volonté commune de laisser éclater un triomphant « Vive les mariés ! ».

Barrons la route à cette célèbre pensée oisive, le « Ca n’arrive qu’aux autres ». La précarité énergétique s’incruste aujourd’hui dans les maisons de près de 3,6 millions de Français, selon l’Insee. Autant vous le dire tout net, elle frappera peut-être un jour à votre porte. Pire : il est possible qu’elle se soit déjà installée chez vous sans crier gare. Comment ça ? Une petite piqûre de rappel s’impose. Selon Philippe Pelletier, Président du comité stratégique du Plan Bâtiment Grenelle, vous entrez dans la catégorie des pauvres en énergie lorsque vous consacrez plus de 10% de votre revenu à la facture d’énergie, contre une moyenne nationale de 5,5%. Il s’agit d’une spirale complexe et multiforme résultant de la combinaison de trois facteurs : la faiblesse des revenus, la mauvaise qualité thermique des logements occupés et la difficulté de s’acquitter des factures d’énergie. Autre signe distinctif : cette précarité méconnue s’attaque aux idées reçues, en se localisant à 87% dans le parc privé. Les propriétaires aux faibles ressources sont les premières victimes de cet engrenage. Aussi surprenant qu’inquiétant.

Nos experts tirent la sonnette d’alarme en brandissant l’étendard de la précarité énergétique, pour mieux s’attaquer « à des problèmes plus globaux ». Julie Dumont l’affirme : « la précarité énergétique constitue l’un des leviers pour arriver à bien travailler sur le développement durable ». François Marty le confirme : « La précarité énergétique englobe les piliers économiques, sociaux et environnementaux du développement durable ». Ici le réchauffement climatique n’est pas l’unique problème. En effet, les dommages collatéraux de cette précarité nouvelle génération touchent sévèrement les familles, avec pour conséquences environnementales, des risques d’intoxications, d’humidité et de moisissures. Le compteur des dégâts sociaux affiche stress, repli sur soi et parfois difficultés scolaires. Quant aux impacts sanitaires, ils prennent la forme de pathologies respiratoires (comme l’asthme) et de surmortalité hivernale.

Il convient de pallier à ces conséquences extrêmement graves en préparant une partie de la population à anticiper ce basculement. Mais quelles sont les pistes d’action ? Gwénaël Guyonvarch rappelle le rôle essentiel du fond local de lutte contre la précarité, qui n’en est qu’à ses débuts puisque seuls deux contrats locaux d’engagement ont été signés, dans le Bas-Rhin et à Saint-Flour. Pour lui le changement passera par « une approche locale, une analyse très fine du territoire et une proximité avec les gens ». Pour instaurer ce rapprochement et atteindre les personnes en difficulté, les différents organismes doivent travailler main dans la main en mettant leurs compétences en commun. Pour ces acteurs de terrain, se former, être à l’aise avec la finance, l’économie, la santé, et posséder la fibre sociale, devient une priorité. Des petites avancées commencent à faire leurs preuves, comme les ingénieux stickers à coller sur les appareils ménagers, créés par les travailleurs sociaux. Ou encore les appartements pédagogiques mis en place par les bailleurs sociaux. Autre piste d’action instaurée : le rôle des gardiens d’immeuble au coeur de la lutte contre la précarité. Et pourquoi ne pas envisager l’action du médecin dans l’éducation pour un logement sain ? François Marty, lui, s’est senti tout de suite concerné et prouve que le logement vert n’est pas l’apanage des « bobos ». L’éco-construction de logements sociaux reste sa principale ambition : « On fait de l’écologie à contre-coeur. On continue à construire pas cher. Or, je pense qu’il faut construire cher ! A 2000 ou 3000 euros le m2, le logement ne perdra pas de valeur, au contraire, il en prendra et ses occupants feront de substantielles économies sur le long terme ». Sur soixante ans, la construction de ces maisons vertes ne représente que 17 % du coût réel d’une habitation. Les 83 % restant concernent les charges. Construire mieux, baisser ces charges et consommer moins d’énergie voilà la formule magique de ce fellow Ashoka. Le Grenelle ne suffira pas, la précarité énergétique est l’affaire de chacun. Aussi, inventer de nouvelles solidarités et réveiller les consciences citoyennes semblent indispensable pour que tout le monde s’assoie à la table du développement durable.

Aude Serra pour les Alter mardis- Parlons Solutions

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