Diversité ethnique, sociale et culturelle : le sport vrai bon élève ?

Le sport, moteur d’intégration et de mieux vivre ensemble ? La question était sur toutes les lèvres pour ce 31ème AMPS, qui réunissait au Comptoir Général Vikash Dhorasoo, ancien joueur de football professionnel, Olivier Ferrand, Président de la fondation Terra Nova, Pascale Colisson, Présidente de l’Association des Femmes Journalistes et Christophe Duchiron, Journaliste à France 2. Ce phénomène de masse, au langage universel et aux frontières inexistantes, va mal. Très mal. Tous ont décerné un carton jaune au « sportbusiness », qui tend à dénaturer l’activité sportive en situant sur le banc de touche ses principales vertus, comme l’intégration et l’éducation. Carton rouge enfin pour les décideurs, dans un contexte où le sport demeure le bois mort de la réflexion politique.

Forcément, comment ne pas parler des Bleus, cette équipe « black-blanc-beur » qui rapporta en fanfare la tant désirée coupe du monde ? Le symbole, aussi fort que la liesse engendrée, semble confortablement installé dans notre imaginaire collectif. Mais que reste-t-il de ce double triomphe, de cette victoire sportive porteuse de diversité ? Une image d’Epinal ? Pour nos trois experts, le constat actuel est calamiteux, tant au niveau du sport professionnel et amateur que de la gouvernance. Manque de représentativité des femmes dans les compétitions (seulement 36 %), instances dirigeantes élitistes et fermées aux populations immigrées, communautarisme et sélection par l’âge dans les petits clubs, coût de la licence en hausse… Le soufflet retombe. À cette perte de vitesse s’ajoute le puissant « sportbuisness » qui écrase toutes les vertus de l’activité physique sur son passage. Olivier Ferrand dénonce « l’argent roi, l’argent à tout prix, la jouissance et l’individualisme », avant de rappeler : « on oublie que le sport est un service public qui véhicule des valeurs d’intérêt général : éducatives, sanitaires et sociales ».

Alors que la vision du sport, appréhendé comme un divertissement et un plaisir physique ou de l’esprit, semble obsolète, nos invités pointent du doigt l’immobilisme et « l’absence de courage » de la classe politique. Si les hommes du pouvoir connaissent un véritable engouement pour le sport, c’est plus dans un soucis de parfaire leur image, à grands coups de représentations publiques, que par amour, désintéressé, du sport. Le sport comme outil de promotion et de communication ? Vikash Dhorasoo insiste : « Les politiques ne s’affichent qu’avec les vainqueurs. Il y a là un refus de la défaite, de la contre–performance et de la fatalité ». Pourtant Olivier Ferrand note une démission politique, alors que toute la France est concernée (pour le football : cinq millions de pratiquants et quinze millions de supporters) : « Les hommes politiques ne s’investissent pas pour définir une politique publique sportive ». Et que dire de la responsabilité des médias face à un sport dénaturé ? Christophe Duchiron s’explique : « Les JT s’intéressent aux faits divers sportifs, tels la vie privée de Laure Manaudou, les scandales liés au dopages ou les affaires de mœurs… Ils ne mettent en lumière que les vainqueurs et les sports médiatiques. Car oui, il existe une hiérarchie des sports. ».

Triste réalité « médiatico-politico-sportive », dans laquelle le président de la fondation Terra Nova a décidé de ne pas tomber. Ses plans d’action : « une régulation économique, avec l’interdiction du système de plus-values financières sur le prix des joueurs, DNCG européenne, extension au football de l’interdiction européenne de concurrence fiscale déloyale. Également, une gestion du service public : soutien accru aux clubs amateurs, éducation et formation civique des joueurs professionnels, obligations contractuelles symboliques pour tout joueur de l’équipe de France (par exemple le don systématique des primes à des causes caritatives), politique de désescalade collective face au hooliganisme. Enfin la gouvernance : élection de la direction de la FFF au suffrage universel des parties prenantes du football, licenciés et supporters ».
Le mot de la fin sera celui de Pascale Colisson : « Est-il possible de pratiquer un sport juste pour le plaisir ? ». Car il s’agit bien là de redonner au sport ses lettres de noblesses ! Il ne devrait être qu’éducation, plaisir et divertissement. Et c’est déjà pas mal.

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