"Les infos gratuites sont des infos pourries qui font peur ou rendent malheureux" : quand les internautes s’en prennent au Monde

By 2 août 2016Le Lab

« Le village éthiopien qui ne craint plus ni la sécheresse ni l’exode », tel est le titre d’un article mis en ligne par le Monde, jeudi 28 juillet 2016. A Reporters d’Espoirs, nous scrutons, épluchons et analysons toutes les initiatives positives émergeant sur le globe. Notre but : vous faire connaitre un maximum de solutions répondant aux enjeux de l’époque. Notre créneau : l’information lorsqu’elle est constructive, utile aux individus, peut contribuer à la prospérité de nos sociétés.

Pour ce faire, nous encourageons les médias à traiter des solutions, tout en étant attentifs à leurs enquêtes lorsqu’elles sont porteuses d’espoirs. Alors quand un journal comme Le Monde, attire notre attention sur l’exploit qu’un village éthiopien a réalisé face à une menace climatique, nous sommes preneurs ! Nous nous empressons d’enregistrer l’article dans notre veille, et de le faire connaitre au plus grand nombre. Nous alimentons ainsi notre page facebook, et vous incitons à le partager !

Mais voilà… Problème : l’article de ce grand quotidien étant payant, c’est avec regret que nous nous abstenons de le diffuser. Légitimement, la presse a des impératifs économiques, et tout travail mérite salaire ! Mais la surprise vient plus tard…C’est au matin suivant, au cours de notre veille  facebook,  que nous découvrons avec stupéfaction les commentaires des internautes sur ce même article du Monde.

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Extraits :

« Michel Serge Le monde , pour des raisons financières, nous laisse sur notre faim et notre soif d’en apprendre un peu plus sur des réalisations qui peuvent sauver l’Afrique , dommage que l’argent passe avant la connaissance. ..

Anaëlle Mrtte Les infos gratuites sont des infos pourries qui font peur ou rendent malheureux.

Dam Ned Oui c’est nul de réserver ce type de nouvelles pleines d’espoir aux abonnés. Heureusement qu’il y a d’autres journaux

Pierre Thomé bien qu’abonné depuis longtemps, je regrette, comme d’autres, que cet article ne soit pas en libre accès. Comment se font les choix d’articles gratuits ?

Anna Maria Camus Oui, ce genre d’ article est super important pour tout le monde, il faut l’ afficher avec de gros titres, c’ est du beaume au coeur! »

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois de plus, nous sommes ravi de constater que lorsque la presse s’intéresse à des initiatives constructives, le lectorat répond présent. Nous savions grâce à plusieurs études, que les articles orientés « journalisme de solution », comme ce dernier, suscitent deux fois plus d’intérêt, en termes de « lus » comme de « partages ». En revanche, nous n’avions jamais eu l’occasion d’assister à un débat sur les réseaux sociaux concernant le caractère gratuit ou payant des sujets abordés.

Si dans la plupart des commentaires, le souhait d’obtenir gratuitement une information « utile » à la communauté est revendiquée, tous s’accordent sur le fait que la presse ne peut être totalement gratuite. Toutefois, ces followers du Monde s’interrogent sur ce qui pousse le journal à rendre plus souvent accessibles les sujets anxiogènes.

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A Reporters d’Espoirs, lorsque l’on questionne certains journalistes de grands hebdomadaires, sur les difficultés à intégrer de l’information « solution », on peut nous répondre : « Malheureusement, l’anxiogène ça fait vendre […] En temps de crise identitaire…. De trouble social… D’incertitude économique…Dire quels sont les coupables, qui nous veut du mal, et comment, c’est certes un peu l’esprit de la théorie du complot, mais c’est ce que les gens attendent. Quand vous annoncez des bonnes nouvelles, vous êtes plus suspicieux en tant que journaliste, et on peut vous accuser de faire de la communication ».

A l’inverse, la polémique Facebook autour de cet article du Monde, soulève la question suivante : quel est l’intérêt de « privatiser » une information aussi bénéfique pour la collectivité ? Doit-on en déduire qu’il y a un « complot » pour nous cacher ce qui fonctionne ? Bien entendu, non. Pour autant, s’interroger sur l’agenda-setting des médias (l’ordre de priorité des sujets), prendre en compte l’impact que ces informations ont sur les individus, c’est poser le débat de l’équilibre du traitement de l’information, et la capacité des rédactions à refléter les réalités du monde dans leur globalité.

Anaïs Dedieu.

 

 

 

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